Camille et Théo se sont installés ensemble un peu par hasard, un été, sans trop savoir si ça durerait. Trois ans plus tard, ils sont toujours là — et ils viennent de recevoir leur premier livre Enga, celui de leur troisième année. On les a appelés pour savoir ce que ça fait, de relire un an de sa vie relié en un objet qu’on tient dans les mains.
« La première chose qu’on a redécouverte, c’est à quel point on avait oublié », raconte Camille. « Des petites disputes idiotes sur le lave-vaisselle, une soirée où Théo m’a écrit une lettre juste parce qu’il pensait à moi au travail. Sur le moment, ce sont des détails. Dans le livre, ça devient toute une année. »
Théo, lui, se souvient surtout du rituel du soir qui a tout changé. « On avait pris l’habitude de répondre à la question du jour juste avant de dormir. Au début c’était un peu forcé, on avait l’impression de faire un devoir. Et puis un soir, une question toute simple — « qu’est-ce qui t’a fait rire aujourd’hui ? » — a débloqué une conversation d’une heure. On l’a écrite dans le livre, cette question. »
Ce qui les a le plus surpris, c’est que le livre ne ressemble pas à une archive froide. « On s’attendait à un album photo glorifié », dit Camille. « En fait, c’est plus proche d’un roman qu’on aurait écrit à deux, sans le savoir, jour après jour. » Aujourd’hui, le livre trône sur leur table basse. Pas caché dans un tiroir — posé, visible, prêt à être feuilleté un dimanche pluvieux.